Vernissage mardi 3 mai dès 18h30
Exposition du mercredi 4 mai au samedi 11 juin
Le projet fait référence à la panique de masse pendant l’ouverture du centre commerciale ALEXA (Alexanderplatz) à Berlin. Le jour de l’ouverture a été un débordement par une masse inimaginable de gens. Ils se sont jetés sur la marchandise, les vendeuses se sont sauvées sur les tables, afin de ne pas se faire écraser par la masse : un désastre, panique de masse, destruction, des blessés...
C’est absurde, inhumain, fou...
Am 11. September 2007 öffnete der MediaMarkt schon kurz vor Mitternacht. Auf Grund von spektakulären Sonderangeboten erschienen über 5000 Menschen, es kam zu Tumulten. Im Gedränge wurden 15 Menschen verletzt, Glastüren, Fenster und Rolltreppengeländer wurden beschädigt oder teils sogar völlig zerstört, auch einige Diebstahlsicherungen wurden demoliert. Die Berliner Polizei war mit über 100 Einsatzkräften vor Ort. Der Sachschaden belief sich auf 10.000 Euro. Bereits um 1:20 Uhr musste der Markt wegen des Chaos wieder schließen. (Wikipédia)
Ce projet fait allusion à cette attaque de panique, cette folie de consommation sans fin et sans savoir pourquoi on achète. Les gens se sont écrasés contre la vitre sans possibilité de reculer.
Une projection vidéo-peinture
Si l’expression artistique d’Alexandra Maurer est dérivée du dessin d’animation, et plus précisément de la peinture d’animation, c’est sous forme d’expression immédiate qu’elle cherche à saisir le spectateur. L’animation semble un outil approprié pour résoudre les questions liées à la perception directe de notre environnement, perception forcément déterminée par l’expérience sensible de l’espace et du temps. Elle joue de la lecture d’un énoncé répété successivement, inlassablement, et convie le spectateur à questionner non seulement la logique, mais surtout les mouvements et les associations que les images animées peuvent introduire. Elle filme dans un premier temps ses sujets. Puis, avec trois images à la seconde, elle décompose les gestes et les mouvements de ces mêmes sujets pour réaliser un nombre de vidéo stills, et finalement peindre des acryliques sur papier qu’elle remonte en peinture animée ou qu’elle présente comme série de « tableaux ». Retraçant les étapes d’un film qu’elle déconstruit en stills et qu’elle traduit et réinvestit en peinture et en peinture animée, l’artiste souligne ainsi le caractère éphémère, voire précaire et furtif des séquences filmées. Et si elle cherche à harmoniser la fiction et la réalité, c’est aussi pour réunir les qualités de la peinture, de la photographie et de la vidéo en un médium – la peinture animée. Elle contamine les genres et pose dans un espace en équilibre la question du temps. Le temps de la peinture. Le temps d’être. Elle développe des environnements et des situations de la vie moderne, reflétant non sans ironie notre condition humaine et celle d’être femme. Son langage est ici celui du peintre, il devient geste, affirmant les couleurs, ses intensités et ses formes avec naturel. Les aléas des lignes, les accidents, les recouvrements, l’usage du flou et du net, du brillant ou du mat, les qualités d’absorption ou de réflexion de la matière picturale, son grain ou le lisse de la surface du papier, densifié par ajouts de couches hétéroclites, sont un jeu de mouvements incessants dont la présence résonne avec fulgurance. L’artiste manipule l’image ou les images, elle les improvise avec virtuosité alliant l’impression pure à un mode analytique et digital. Ce va-et-vient entre le présent et le temps de faire se déploie et réalise non seulement une composition autonome, mais également le scénario idéal d’un film improbable. Un film sans commencement, ni fin.
La chute (2005) intègre soixante peintures. C’est aussi la première œuvre pour laquelle l’artiste a collaboré avec une danseuse. Les soixante images montre un corps féminin fragmenté qui se laisse emporter par la loi de gravitation. L’interaction physique est représentée avec violence, le corps reste morcelé, disloqué et fétichisé. La peinture est figurative, les cadrages photographiques, alors que les détails confèrent un aspect sauvagement abstrait aux couleurs acides. Son contenu narratif est émotionnel et féminisant. Sa peinture fluide s’écoule comme emportée par la force d’attraction terrestre. Le corps de la danseuse ne fait plus corps et semble se dissoudre à la surface du papier.
Tout comme Muro (2006) et ses cent vingt peintures, ce travail représente la difficulté d’un homme et d’une femme à communiquer et à interagir. Séparés par un mur virtuel, les danseurs s’efforcent de se rejoindre et de se conquérir dans un combat amoureux. Les images défilent par soubresaut de façon saccadée. Elles semblent balbutier sous le déclic de l’appareil photographique qui rythme le passage des images variant de façon aléatoire.
Im Ring (2008) raconte l’histoire d’une rencontre amoureuse alliée à des souvenirs d’enfance. Les peintures sont ici associées à un film tourné en super 8 réalisé par une cinéaste, Elvira Isenring. A l’instar du titre Im Ring, il s’agit d’un récit qui se déroule non seulement dans le réseau métropolitain berlinois (de l’allemand, Ringbahn), mais également sur un ring (de l’allemand, Im Ring) où l’on se bat (de l’allemand, ringen um). Chargée de son histoire, la ville de Berlin reste un lieu équivoque. L’errance urbaine, l’égarement sentimental et la multiplication de non-lieux restent fertiles à l’imagination et deviennent un biotope que la protagoniste, une boxeuse, cherche à maîtriser, mariant sa réalité à ses souvenirs, ses désirs à sa douleur. Les images en noir blanc et les peintures colorées défilent et se télescopent, elles scandent un voyage mental en une succession de plans que les stations de métro rythment à leur tour. Ce sont des situations impressionnistes de l’ère digitale. Une voix off raconte et joue avec les mots, les images, un passé vidé de son sens alors que la peinture d’Alexandra Maurer révèle un scénario qui se répète et dans lequel le présent a irréversiblement supplanté le passé.
SWIM ( 2008) avec ses cent-trente peintures a été conçu pour la loge de la Stadtgalerie à Berne. Cet espace d’immersion convenait à un thème aquatique, celui de la piscine. On y retrouve une fluidité picturale qui retrace un paysage originel, creusant par là-même une expérience commune à l’être humain, exprimant peut-être sa naissance et sa délivrance.
Quant à Jump (2007), cette œuvre décompose les mouvements d’une comédienne qui saute sur un trempolin. Comme dans Escape (2007) – travail intégré à un « acte performatif » de Sandra Amodio, intitulé Manifestazione et joué la même année au théâtre de l’Usine -, une autre comédienne tente ici de s’échapper de la scène, mais sa fuite devient le sujet même du scénario. L’artiste cherche à cibler ses protagonistes avec sa caméra ou à les fixer sur la surface de papier, mais toutes débordent constamment de leur cadrage. Elles finissent par se liquéfier comme exclues partiellement du champ de vision. Qu’elles soient constamment limitées en tant que sujets sysiphiens où qu’elles soient tels des objets projetés, visibles ou invisibles, elles acquièrent un équilibre instable, conférant une sensation de flottement et de suspension. Leur condition est un combat qui oscille entre libération et doute existentiel, entre délivrance et emprisonnement.
Par ailleurs, si la question de la temporalité chez Alexandra Maurer est incontournable, sa relation à l’espace l’est tout autant, et tout particulièrement dans son travail in situ. Elle investit l’espace, met ses oeuvres en situation. Ses installations - trois moniteurs empilés pour La chute (2005), un espace d’immersion avec trois projections pour SWIM (2008), ou encore Escape (2007) intégré à un acte performatif intitulé « Manifestazione » -, sont ainsi essentielles pour saisir l’œuvre d’Alexandra Maurer. Elles évoquent et mettent toutes en abyme un enfermement et une oppression de la condition féminine dans sa relation à l’autre. Alexandra Maurer semble disséquer, fétichiser et modeler ses héroïnes comme si elle les associait à la peur archaïque dans l’inconscient de la société patriarcale. Les femmes illustrées par l’artiste sont-elles des sujets menacés, cherchant à s’extraire inexorablement et inlassablement d’une situation ? Ou sont-elles de simples objets du regard offerte en fétiche pour le plaisir visuel, confrontant l’angoisse originelle que représente le corps féminin. Est-ce cette ambiguïté si fascinante et cet emprisonnement de la femme dans Jump, Escape, La chute, SWIM et Im Ring que l’artiste tente de livrer pour mieux la délivrer de ce combat?
Le combat d’Alexandra Maurer
Une fascinante ambiguïte
Sarah Zürcher travaille actuellement en Suisse et en Grande-Bretagne en tant que curatrice indépendante et critique d’art. De 2002 a`fin 2007, elle a dirige´le Centre d’art contemporain de Fribourg, Fri-Art – www.fri-art.ch. Elle a notamment travaillé à la Kunsthalle de Berne, au Mamco et au Cabinet des estampes à Genève où elle a co-organise´des expositions. Pour la ville de Baden et la ville de Zurich, elle a travaillé à différents projets dans l’espace public dont InfolgeKunstprojekt. Elle rédige régulièrement des articles et des essais en art contemporain depuis les années 90. Par ailleurs, elle a été rédactrice de catalogues, notamment lors de la 9e Biennale de l’image en mouvement en 2001.
www.sarahzurcher.com
Sarah Zürcher